L’Artiste
Jacques Lizène (1946 – 2021, Belgique)
Contraindre le corps à s’inscrire dans le cadre de la photo (1971 – 1973)
Cette série de films et de photographies illustre une approche singulière du médium : des images toutes intrinsèquement liées à leurs titres qui décrivent les performances absurdes représentées dans les images. Ainsi en va-t-il de Contraindre le corps à s’inscrire dans le cadre de la photo, de Contraindre le corps d’une jeune fille dans le cadre de la photo ou de photographier un personnage refusant de subir la contrainte des limites du cadre de la photo, toutes ces œuvres participant d’un plus ample projet consistant à Contraindre toutes sortes de corps à s’inscrire dans les limites du cadre de la photo, y compris des corps de policiers. Image après image, la caméra - photo ou vidéo - se rapproche du sujet, l’obligeant à se pencher toujours davantage jusqu’à être entièrement contenu dans le cadre, passant de la station debout à la position fœtale. C’est un climax régressif pour un artiste qui partage les idées d’Émile Cioran De l’inconvénient d’être né. Champion de l’échec et du fiasco, l’artiste-performeur disqualifie même son travail lorsqu’en 1972 il échoue à maintenir sa tête et ses pieds parfaitement au bord du cadre ; il raye alors son film à la main, image par image.
Promenade autour du cadre de la photo, (1971)
Outre ses travaux sur les Contraindre le corps, Lizène développe une série de travaux filmiques et photographiques sur la spécificité du cadre de l’image : Entrer joyeusement dans le cadre, accrocher sa cravate au bord du cadre, se promener d’un bord à l’autre du cadre, se promener autour du cadre, s’identifier au bord de cadre, s’introduire simultanément dans le cadre de deux photos, etc. L’aspect performatif exécuté par l’artiste lui-même relie ce groupe d’œuvres au canon conceptuel, plus précisément à l’art conceptuel californien dont Bruce Nauman est une figure clé, un jeu conscient de soi et centré sur soi, une nouvelle relation avec la problématique de l’image mise en scène, une relation différente avec le réel. Usant, comme Bruce Nauman l’a également fait, d’une stratégie tautologique entre titre et image, Lizène donne à son travail une dimension humoristique, absurde, éminemment subjective, une stratégie qui s’inscrit parfaitement dans la lignée de la Subversion des Images (1929-1930) du surréaliste bruxellois Paul Nougé ou de René Magritte dans ses clichés amateurs. L’artiste devient objet perturbateur de l’image qu’il manipule par ailleurs. En 1990, Lizène déclarera être l’inventeur du conceptualisme comique, rejoignant sans le savoir puisqu’il ne les connaissait pas à l’aube des années 70, William Wegman, Bas Jan Ader ou Ger Van Elk.
Artiste visuel, photographe, vidéaste et chanteur, Jacques Lizène fut l’un des pionniers de l’art vidéo en Belgique. Fondateur de l’Institut d’Art Stupide (dont il restait l’unique membre, 1971) et cofondateur du Cirque Divers à Liège en 1977 — haut lieu de la contre-culture — Lizène cultivait l’abolition du jugement critique, s’attachant à saper les fondements mêmes de l’évaluation artistique. Revendiquant la médiocrité et l’art sans talent comme une attitude artistique (Art Attitude), inventeur de l’art nul, il produisait des actions bancales, inintéressantes, vaguement drôles et généralement « stupides », mais toujours portées par une radicalité critique pour déconstruire les repères établis.
Ses expositions personnelles incluent la Villa Arson, Nice (2009), le M HKA, Anvers (2009), le Palais de Tokyo, Paris (2003), le Musée des Beaux-Arts, Brest (2002) ou encore le Palais des Beaux-Arts, Bruxelles (1979). Parmi les expositions collectives majeures, citons celle du Centre Pompidou, Paris (2008), à Documenta, Cassel (2002) ou au Palais des Beaux-Arts, Bruxelles (2005). Ses œuvres figurent dans des collections de référence telles que le M HKA, Anvers, le Centre Pompidou, Paris, et l’EMST, Athènes.
La Galerie
Établie à Liège (Belgique) depuis novembre 1998, la galerie Nadja Vilenne défend une vingtaine d’artistes tant confirmés qu’émergents, belges et étrangers, dans une dimension de très grande proximité avec ses artistes. Elle mène une recherche fondamentale sur des artistes à la carrière confirmée (Jacqueline Mesmaeker, Jacques Lizène, Werner Cuvelier, John Murphy…) accompagne des artistes menant une carrière internationale (Suchan Kinoshita, Aglaia Konrad, Olivier Foulon, Michiel Ceulers…) et contribue au développement des jeunes pousses (Loïc Moons, Gaetane Verbruggen, Sandrine Morgante…).Elle participe depuis sa création à de nombreux salons et foires, mène une politique éditoriale et initie des projets hors les murs. Ancrée dans une dimension conceptuelle et poétique de l’art, la galerie se tourne volontiers vers toutes les productions, installations, peinture, sculpture, dessin et vidéo.
Information
5, rue Commandant Marchand
b. 4000 Liège
BELGIUM