Pour sa cinquième édition en 2026, OFFSCREEN revient pour la deuxième fois dans le cadre exceptionnel de la Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière, redonnant ainsi vie à ce monument architectural unique. Les éditions précédentes s’étaient déroulées dans le bâtiment brutaliste du Grand Garage Haussmann et à l’Hôtel Salomon de Rothschild.
Haut lieu d’interventions in situ à la fin du 20e siècle, où avaient notamment été présentées des installations d’Anselm Kiefer, Bob Wilson, Lucinda Childs, Bill Viola, Nan Goldin et Christian Boltanski dans le cadre du Festival d’Automne, OFFSCREEN a remis La Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière sur le devant de la scène artistique contemporaine en 2025.
La Chapelle Saint-Louis de la Salpêtrière fut à l’origine conçue par Louis Le Vau, architecte du roi Louis XIV. Décédé avant la fin du chantier, c’est Libéral Bruant — à qui l’on doit notamment l’Hôtel des Invalides et Notre-Dame des Victoires — qui en acheva la construction. Monumentale, la Chapelle adopte un plan en croix grecque, avec quatre nefs et quatre chapelles disposées autour d’un espace central coiffé d’un dôme octogonal percé de fenêtres et d’un oculus, laissant passer la lumière.
Avant de devenir un hôpital, l’Hôpital Pitié-Salpêtrière AP-HP fut au XVIIe siècle un hospice, servant de centre de détention pour les femmes dites “déviantes”. Au XIXe siècle, il se transforma en établissement médical spécialisé dans les maladies neurologiques et mentales. Toujours centrée sur les femmes jugées « folles ou incurables », l’institution devient alors un terrain d’expérimentation pré-psychiatrique pour Philippe Pinel et Jean-Étienne Dominique Esquirol : agents vésicatoires, purgatifs, vomitifs, bains glacés ou brûlants, saignées…
À la fin du XIXe siècle, Jean-Martin Charcot y mena ses célèbres études sur l’hystérie et l’hypnose, donnant lieu à une vaste documentation photographique des symptômes physiques de l’hystérie.
En lien avec l’histoire de l’hôpital de la Salpêtrière, OFFSCREEN a présenté une rare sélection de tirages photographiques issus d’un ensemble de 47 plaques réalisées par Albert Londe en 1893, lors des séances du Dr Charcot.
Créé en 1882, le Service photographique de la Salpêtrière fut un pionnier de la photographie médicale, saisissant avec une précision inédite les symptômes fugaces de l’hystérie, de l’épilepsie et des états de crise. Les photographies exposées, à la croisée de l’art, de la science et du pouvoir, témoignent également d’une mise en scène controversée : les célèbres « leçons du mardi » de Jean-Martin Charcot ont été qualifiées de « véritables spectacles ».
Au-delà de la fonction documentaire, ses photos sont marquées par une forte théâtralité, les patientes étant souvent mises en scène, comme en témoignent la présence des lits, des toiles de fond et des médecins qui les observent. Georges Didi-Huberman a théorisé la théâtralité de ces images dans son ouvrage fondateur de 1982, L’invention de l’hystérie.