L’Artiste
Ana Mendieta (b. 1948, Havana, Cuba; d. 1985, New York, USA)
Volcán (1978)
Film Super 8 mm en numérique HD, couleur, muet ; 3 min 11 s, éd. 8 + 3 AP
Silueta Sangrienta (1975)
Film Super 8 mm numérique HD, couleur, muet ; 1 min 51 s, éd. 8 + 3 AP
Birth (Gunpowder Works) (1981)
Film Super 8 mm en numérique HD, couleur, muet ; 2 min 59 s, éd. 6 + 3 AP
Silueta de Arena (1978)
Film Super 8 mm en numérique HD, couleur, muet ; 1 min 33 s, éd. 8 + 3 AP
Black Angel (1975)
Film Super 8 mm en numérique HD, couleur, muet ; 6 min 37 s, éd. 8 + 3 AP
Ocean Bird (Washup) (1974)
Film Super 8 mm en numérique HD, couleur, muet ; 4 min 9 s, éd. 6 + 3 AP
Ana Mendieta est une artiste multidisciplinaire réputée pour ses « œuvres terre/corps » dans lesquelles elle utilisait son corps — ou son absence, évoquée dans des « siluetas » (silhouettes) — en dialogue avec les éléments naturels, notamment la terre, le feu, les fleurs et l’eau. Avec une pratique souvent éphémère entre performance, sculpture, art corporel, land art, photographie et cinéma, teintée de rituel, de sacré, et d’une conscience écologique prémonitoire, Mendieta aborde avec une voix distincte les thèmes majeurs des courants conceptuels et d’avant-garde des années 1970. Avec plus de 100 films et vidéos au cours de sa carrière, elle est devenue une figure emblématique, canonique et inclassable de la fin du XXème siècle. Dans le chœur de la Chapelle, l’installation
regroupe 6 films projetés en majesté pour une expérience immersive permettant de découvrir les aspects clés de la pratique de l’artiste.
Pour Volcán (1978), Mendieta a construit une grande « silueta » en relief à base de terre pour créer un volcan le long des rives de l’Old Man’s Creek, dans l’Iowa. La silhouette est robuste et ancrée dans le paysage ; sa longue ouverture en retrait est remplie de poudre à canon d’un blanc éclatant. Se détachant sur la ligne du rivage tout en douceur, la silhouette blanche reste immobile quelques instants avant que la poudre ne s’enflamme soudainement. Les flammes dévorent la « silueta », remontant tout le long de celle-ci et transformant la forme immaculée en cendres noires tandis que la fumée s’élève en volutes dans les airs.
Dans Silueta Sangrienta (1975), tourné sur les rives de l’Old Man’s Creek, dans l’Iowa, Mendieta a creusé une tranchée peu profonde dans la terre humide, y formant la silhouette d’une « silueta » aux bras levés. Le film s’ouvre sur Mendieta allongée sur le dos, les bras levés, à l’intérieur de la silhouette creusée. La caméra s’éloigne pour révéler l’empreinte vide, puis revient pour la montrer remplie à ras bord d’un liquide rouge vif, couleur sang. Pendant un instant, notre regard s’attarde sur la silhouette rouge avant que Mendieta ne réapparaisse, allongée sur le ventre et en partie submergée dans la mare désormais à moitié vide.
Dans Silueta de Arena (1978), Mendieta a créé une « silueta » aux bras levés formant ainsi un petit îlot de sable dans les eaux peu profondes d’un ruisseau au débit régulier. Filmée depuis la base de la silhouette, on voit l’eau s’écouler doucement vers l’aval, emportant des feuilles mortes et des brindilles tout autour des contours de la « silueta ». L’œuvre incarne l’un des thèmes récurrents de Mendieta : la finitude du corps humain et son inévitable retour à la nature.
Dans Birth (Gunpowder Works) (1981), Mendieta transforme la berge boueuse d’un ruisseau de l’Iowa en une figure sculptée, semblable à une « silueta », dont la forme incurvée et effilée s’étend sur un banc de sable en direction de l’eau. Au cœur de cette silhouette, Mendieta a creusé une ouverture centrale qu’elle a remplie de poudre à canon blanche. Le paysage immobile pendant quelques instants avant que la silhouette n’explose soudainement, laissant s’échapper un panache de fumée sur toute sa longueur.
Black Angel (1975) s’ouvre sur Mendieta, vêtue de noir, allongée face contre terre sur une pierre tombale, surplombée par le Black Angel, une statue aux ailes sombres située au cimetière d’Oakland, à Iowa City, depuis longtemps associée aux superstitions et aux légendes locales. Allongée, les bras levés et les pieds joints, elle reste immobile avant de se soulever lentement de la pierre pour former une « silueta » en noir, puis en rouge. Rarement exposée, cette œuvre de jeunesse est remarquable car elle témoigne de l’évolution de la série « silueta », qui a débuté avec le corps même de l’artiste avant de devenir de plus en plus abstraite au fil des années.
Dans Ocean Bird (Washup) (1974), Mendieta recouvre son corps de plumes de volaille blanches, poursuivant ainsi son exploration de la transformation en oiseau amorcée juste avant ce film dans l’œuvre Bird Run (1974), présentée dans le cadre de l’exposition parallèle à la Tate de Londres. Elle flotte sur le dos, bercée par le ressac, laissant les vagues porter et guider son corps. L’œuvre invite à méditer sur la métamorphose et la disparition. À mi-chemin entre la mer et le ciel, Mendieta se confond parfois presque avec l’eau et les plumes qui recouvrent son corps, brouillant les frontières entre le corps humain et le monde naturel.
Née à La Havane (Cuba), Mendieta a été envoyée aux États-Unis alors qu’elle était encore adolescente, après l’arrivée au pouvoir de Fidel Castro. En 1972, alors qu’elle suivait le célèbre programme de master « Intermedia » à l’université de l’Iowa, elle a commencé à travailler avec son corps et la pellicule Super 8. Son œuvre a fait l’objet de 56 expositions personnelles et de 16 rétrospectives dans des musées, notamment à la Tate Modern (2026), au Jeu de Paume, à Paris, en France (2018) ; au Castello di Rivoli, à Turin, en Italie (2013) ; à la Smithsonian Institution, à Washington, D.C. (2004) ; et au New Museum, à New York, dans l’État de New York (1987). Au cours de sa vie, Mendieta a reçu de distinctions majeures, notamment une bourse du National Endowment for the Arts (1977 et 1980) et une bourse de recherche (1982) ; une bourse de la Fondation John Simon Guggenheim (1980) ; le Prix de Rome de l’Académie américaine à Rome (1983) ; et bien d’autres encore.
La Galerie
La Galerie Marian Goodman défend le travail d’artistes qui comptent parmi les plus influents de notre époque, représentant plus de cinq générations de réflexions et de pratiques diverses. La singularité de la galerie réside dans sa collaboration et sa compréhension durables et profondes avec les artistes - un lien qui se retrouve chez les conservateurs, les leaders d’opinion et les institutions artistiques du monde entier. Le programme d’exposition de la galerie, caractérisé par son calibre et sa rigueur, offre aux artistes des plates-formes internationales pour présenter leur travail, favoriser des dialogues vitaux avec de nouveaux publics et faire progresser leurs pratiques au sein d’organismes à but non lucratif et d’institutions.
Fondée en 1977 par Goodman, qui avait auparavant cofondé la société d’édition d’art Multiples, Inc. la galerie s’est fait connaître très tôt pour avoir fait découvrir au public américain le travail d’artistes européens de premier plan. Synchronisés avec leur mission, Marian et la galerie ont été inévitablement attirés par l’Europe, créant un espace à Paris dans le quartier du Marais en 1998 et un espace attenant pour les livres et les éditions en 2017. De 2014 à 2022, la galerie a également ouvert un espace d’exposition à Londres.
Désireuse d’explorer en permanence les domaines d’intérêt croissants de ses artistes, la galerie a ouvert un espace d’exposition à Hollywood, Los Angeles, en 2023, et déménagera son siège actuel à New York dans un bâtiment historique de Tribeca en 2024. Avec deux espaces majeurs ancrés sur chaque côte, et un programme en cours depuis plus de deux décennies à Paris, la Marian Goodman Gallery sera en mesure de faire progresser de nouveaux corpus d’œuvres et les pratiques créatives des principaux artistes contemporains de notre époque.
Information
79 & 66 rue du Temple
75003 Paris