L’Artiste
Thu-Van Tran (née en 1979, Hô Chi Minh-Ville, Vietnam ; vit et travaille à Paris)
In the Fall, in the Rise (2017 - 2025)
In the Fall, in the Rise est une série de photogrammes révélant, par exposition directe à la lumière, les empreintes de feuilles d’hévéa sur du papier photosensible. À travers cette œuvre, Thu-Van Tran aborde l’un des principaux liens économiques entre la France et le Vietnam au XXe siècle : la culture intensive de l’hévéa, introduit depuis l’Amazonie après qu’un marin français en eut rapporté la première graine. Devenue une ressource naturelle lucrative, cette plante a également conduit à l’occupation de la majorité des terres fertiles par les colons français. In the Fall, in the Rise propose une réflexion sur les histoires entremêlées du commerce, de la colonisation et de la transformation environnementale.
Échange de présents (2016)
Dans Échange de présents, Thu-Van Tran engage un dialogue à la fois matériel et symbolique avec le caoutchouc afin de révéler l’ironie amère sous-jacente à la notion coloniale « d’échange bienveillant ». Le titre critique la manière dont les récits coloniaux ont été écrits du point de vue des puissances occupantes. À travers son usage du caoutchouc, l’artiste met en lumière la façon dont les narrations occiden tales ont façonné et imposé une vision des populations colonisées, exposant ainsi les tensions entre matière, mémoire et représentation historique. Son travail révèle l’imbrication profonde entre pouvoir, commerce et perception culturelle dans l’écriture de l’histoire.
Si rien ne sort d’ici (2018)
Tourné en 16 mm, complété par des images capturées à l’iPhone et par drone, le film a été réalisé en Asie et dans une fonderie en France. Scandé en quatre séquences, le film de Thu-Van Tran se déploie comme une série de scènes de délivrance. La première évoque la naissance du langage : des lettres, libérées de moules en plâtre, forment la phrase « si rien ne sort d’ici ». Les mains frappent les moules, libérant les lettres dans une lutte symbolique où le langage cherche à émerger de la matière. La deuxième suit des travailleuses domestiques philippines à Hong Kong qui, lors de leur jour de repos, se réapproprient l’espace public. Leur repos silencieux devient un acte de résistance discret, un geste fragile mais puissant de liberté. La troisième montre une éruption volcanique : la terre libère sa colère dans un jaillissement d’énergie brute, vision d’une délivrance tellurique. Enfin, dans la dernière séquence, la main d’un enfant frappe l’eau avec un morceau de bois, faisant apparaître un arc-en-ciel — moment de beauté et de renaissance. Ensemble, ces scènes forment une ode à la liberté : celle du langage, du corps, de la matière et de la lumière.
Thu-Van Tran (née en 1979 à Ho Chi Minh Ville, Vietnam) déploie sa pratique à travers la sculpture, l’installation, la photographie, le film et le dessin, en ancrant son travail dans la perspective d’une étrangère culturelle — celle d’une femme vietnamienne vivant en France. Son œuvre aborde les questions de déplacement et d’histoire coloniale, dont la résonance demeure particulièrement actuelle. S’appuyant sur la littérature, l’histoire et l’architecture, elle explore les entrelacements entre contamination, identité et langage. Par l’usage de matériaux malléables propices à l’empreinte, au transfert, à la dilution et à la transformation, elle met le langage en mouvement et ouvre une mobilité critique de l’histoire.
Ses principales expositions personnelles incluent le MAMAC, Nice (2023) ; le Kunsthaus Baselland, Bâle (2020) ; et le Neuer Berliner Kunstverein, Berlin (2016). Parmi ses expositions collectives figurent la Bourse de Commerce - Pinault Collection, Paris (2023) ; le Palais de Tokyo, Paris (2023) ; la 58e Carnegie International, Pittsburgh (2023) ; le Centre Pompidou, Paris (2020) ; et la 57e Biennale de Venise à l’Arsenal (2017). Ses œuvres font partie des collections de la Collection Pinault (France) ; de la Fondation Louis Vuitton (France) ; du Musée national d’Art moderne - Centre Georges-Pompidou (France) ; de la Fondation Kadist (France / États-Unis) ; et du Louvre Abu Dhabi (Émirats arabes unis), entre autres.
La Galerie
Meessen est une galerie d’art contemporain bruxelloise fondée en 2008, qui se consacre à l’art conceptuel et à la pensée critique. Elle représente une vingtaine d’artistes internationaux issus de disciplines variées, telles que la peinture, la sculpture, la photographie et la vidéo. La galerie a organisé plus de 130 expositions individuelles et 15 expositions collectives, lançant souvent les premières monographies d’artistes émergents. Au-delà de son programme local actif, Meessen collabore avec des musées du monde entier et a participé à des salons d’art majeurs tels que Art Basel, Frieze New York et la FIAC à Paris.
Information
Rue de l’Abbaye 2A
1000 Bruxelles
Belgique